
Mot du directeur artistique
Nous vivons dans un monde où les sociétés sont plurielles et les appartenances multiples. Les rencontres avec « l’autre » — dans le quotidien, en famille, au travail ou dans nos loisirs — nous permettent de partager les expériences d’autres cultures et d’apprécier des façons de voir le monde qui diffèrent de la pensée dominante. À cela s’ajoute aujourd’hui l’influence des médias, qui multiplient les points de contact entre « nous » et « l’autre ».
Au XIXe siècle, ces contacts, sauf à l’occasion des guerres, étaient bien moindres. Les sociétés européennes étaient plus homogènes, et la rencontre avec l’altérité culturelle passait souvent par quelques groupes visibles perçus comme « différents ». Les Roms — peuple originaire du nord-ouest de l’Inde, ayant migré vers l’Europe entre le Xe et le XIVe siècle — formaient l’un de ces miroirs de l’autre. Leur langue (le romani), distincte des grandes familles linguistiques européennes, leurs traditions, leurs métiers souvent itinérants (musiciens, artisans et marchands ambulants) et leur présence en marge des centres urbains en faisaient un élément à la fois fascinant et ambigu du paysage social européen.
Mais si l’imaginaire romantique projetait sur eux la liberté, la passion et l’insoumission, leur réalité fut souvent plus rude : discriminations, expulsions répétées, suspicion institutionnelle, pauvreté structurelle. Ce contraste entre une existence fantasmée et des conditions de vie précaires est au cœur même de l’ambivalence du regard porté sur les Roms.
Ce programme n’est donc pas « sur » les gitans, mais sur la vision que différents peuples européens — et les compositeurs qui en furent les porte-voix — ont projetée sur les diverses communautés roms présentes sur leur territoire.
La musique que nous entendons ici n’est pas celle des Roms eux-mêmes, mais la traduction artistique d’un ailleurs imaginé : échappatoire à la banalité, projection des interdits, mystère et exotisme typiques du romantisme européen qui cherchait, par tous les moyens, à sublimer l’ordinaire.
Ainsi, dans une Europe où la bourgeoisie et ses codes — parfois jusqu’au puritanisme — imposaient un contrôle des corps et des mœurs, les « gitans » devenaient la figure idéale d’une vie affranchie des contraintes sociales : l’errance, la fête, l’excès, une sensualité et une sexualité assumées.
Les textes de ces œuvres expriment tour à tour désir, transgression, liberté et mélancolie. La musique, filant parfois comme un cheval au galop, ou flottant dans un voile d’ombre et de mystère, nous transmet avant tout les pulsions d’une Europe qui rêvait de ce qu’elle n’osait vivre.
Et quel plaisir, encore aujourd’hui, que ce déferlement de passion.
Bonne écoute — et Olé !
Xavier Brossard-Ménard
PROGRAMME
Johann Sebastian Bach (1685–1750)
Jauchzet in allen Landen,
BWV 51 (mouvements IV et V)
Johann Sebastian Bach (1685–1750)
O Jesu Christ, meins Lebens Licht, BWV 118
Orlando Gibbons (1583–1625)
This Is the Record of John
Gustav Holst (1874–1934)
Psaume 86
— Pause —
Michel Corrette (1707–1795)
Laudate Dominum in cœlis (latin gallican)
Antonio Vivaldi (1678–1741)
Dixit Dominus, RV 595
Pour consulter les traductions des textes en français et en anglais, cliquez ici.

Chef et directeur artistique
Xavier Brossard-Ménard est chef dʼorchestre et directeur artistique de Musica Orbium depuis mai 2025. Il a dirigé de grands orchestres, collaboré à lʼinternational avec le Cirque du Soleil et dirige également le choeur professionnel Les Rugissants. Musicien polyvalent et clarinettiste accompli, il était président élu de Canada Choral de 2022 à 2024.

La soprano Andréanne Brisson-Paquin est reconnue pour la richesse expressive de sa voix et la sensibilité de ses interprétations. Son vaste répertoire s’étend de la musique baroque à la création contemporaine, qu’elle aborde avec la même rigueur en concert, à l’opéra et en musique de chambre, un cadre qu’elle affectionne particulièrement.
Originaire de Montréal, elle a étudié à l’Université de Montréal auprès de Yolande Parent avant d’obtenir une maîtrise au Conservatoire d’Amsterdam, où elle développe un intérêt marqué pour la musique ancienne, classique et la mélodie. Lauréate de plusieurs concours nationaux et internationaux, elle collabore avec de nombreux ensembles et orchestres, dont I Musici de Montréal, l’Orchestre Métropolitain, Les Violons du Roy, l’Orchestre symphonique de Montréal et Arion Orchestre Baroque.
Son répertoire comprend notamment les cantates et Passions de Bach, des œuvres de Händel, Mozart et Haydn, ainsi que des pages de Mahler, Poulenc, Villa-Lobos et Strauss, témoignant de sa grande polyvalence artistique.

Remarquée pour la profondeur de son timbre, l’égalité de sa voix et l’émotion de son chant (Le Devoir), Rose Naggar-Tremblay commence sa formation musicale par le piano et le chant choral avant de se consacrer au chant classique dès l’âge de 12 ans. Diplômée en interprétation vocale de l’Université McGill, elle poursuit ses études sous la direction de Lena Hellström-Färnlöf.
Artiste en résidence à l’Atelier lyrique de l’Opéra de Montréal (2017–2020), elle se distingue dans des rôles et récitals variés, dont Carmen à l’Opéra de Sofia en 2021. Lauréate de nombreux concours et prix prestigieux — Concours OSM, Concours Georges Enesco, Prix d’Europe, Révélation Radio-Canada, bourse Fernand-Lindsay — elle se produit également en musique de chambre et sous la direction de chefs renommés tels que Yannick Nézet-Séguin et Christophe Rousset.
Son répertoire s’étend de Bach, Haendel, Mozart et Verdi à la musique contemporaine, tout en explorant la chanson originale avec son mini-album Je me souviens à toi. En 2025, elle fait ses débuts à La Scala de Milan et au Théâtre des Champs-Élysées, et enregistre son premier album consacré à Haendel avec le label Arion.

Reconnu pour l’élégance de son chant, son timbre velouté et son charisme sur scène, le baryton québécois Hugo Laporte est lauréat de plusieurs concours, dont le Prix Teatro alla Scala au Concours Belvedere 2019 en Autriche et, plus tôt dans sa carrière, le Grand prix du Concours OSM 2014 au Canada.
Avec plus de 25 rôles de premier plan à son actif, il se distingue dans des rôles tels que Figaro (Le Barbier de Séville), Marcello (La Bohème), Escamillo (Carmen), Malatesta (Don Pasquale), Sharpless (Madama Butterfly) et Zurga (Les Pêcheurs de perles). Il participe aussi régulièrement à la création d’œuvres lyriques, notamment Yourcenar, une île de passions (E. Champagne / H. Dorion / M.-C. Blais), L’Homme qui rit (A. Ichmouratov / V. Hugo) et Miguela (T. Dubois / J. Barbier).
Très actif sur la scène québécoise et canadienne, M. Laporte se produit régulièrement à l’Opéra de Québec, à l’Opéra de Montréal et à l’Opéra du Royaume, en plus de collaborer avec les principaux orchestres, ensembles et festivals québécois. À l’international, il s’est produit en France, en Italie, en Allemagne, en Russie, en Chine et en Biélorussie. En 2023, il faisait ses débuts au Teatro alla Scala de Milan dans les rôles de Hermann et Schlémil (Les Contes d’Hoffmann), aux côtés notamment de Marina Viotti, Vittorio Grigolo et Luca Pisaroni.

Originaire du West Yorkshire, au Royaume-Uni, Patricia Yates est une ténor classique, pianiste-répétitrice, auteure et pédagogue basée à Montréal. Elle a obtenu son baccalauréat en musique à l’Université de Leeds en 2021 et sa maîtrise en musique à la Schulich School of Music de l’Université McGill en 2024, où elle poursuit actuellement ses études avec John Mac Master afin de compléter son Diplôme d’artiste postgradué.
Tant sur scène qu’en récital, Patricia s’est imposée comme l’une des jeunes artistes les plus remarquables de sa génération. Elle a incarné Peter Quint dans The Turn of the Screw (Opera 5), et d’autres rôles majeurs incluent Jupiter (Semele), Don Ramiro (La Cenerentola), Alfred (Die Fledermaus) et Tamino (Die Zauberflöte). Son répertoire de récital couvre Britten, Rossini, Bellini, Donizetti, Beethoven ainsi que les œuvres vocales de Beach, Smyth, Price et Hensel-Mendelssohn.
Fière défenseure des artistes trans et de toutes identités de genre, Patricia célèbre son identité unique en tant que ténor féminin et s’épanouit sur la scène musicale montréalaise innovante, ouverte et bouillonnante.
LE CHOEUR
Sopranos
Yevgeniya Amis
Marion Hahn
Salomé Karam
Olga Konovalova
Camille Letissier
Chiara Letizia
Gaby Morency
Janet Murphy
Jinan Paquin
Ginette Simard
Maria Tacu
Lucie Vermette
Altos
Michelle Alie
Suzanne Beaudry
Michèle Donckerwolcke
Suzanne Gagnier
Denise Goulet
Anne Grondines
Marie-Chantal Hudon
Karen Kobierski
Maureen Lafrenière
Louise Paiement
Martine Robitaille
Inna Slutskaya
Ténors
Antonie Beaudet
Jean Choquette
Jean-Frédéric Olivier
Emmanuel Raymond
Éric Wilson
Laurence Wilson
Basses
François Bertrand
Dorian De Luca
Christopher Grocholski
Jacques Labonté
Sylvain Labonté
Louis Langelier
Jocelyn Leclerc
Dion Lewis
REMERCIMENTS
Un immense merci à tous les bénévoles qui ont apporté leur aide, de près ou de
loin, à la production de ce concert.
Nous tenons également à remercier chacun des membres de Musica Orbium pour le travail constant et l’énergie déployée pour la menée à bien de ce concert. Leur engagement est essentiel et rend chacun de nos concerts unique.
Nous voulons également remercier tout particulièrement notre pianiste accompagnateur, Pierre McLean, pour sa précieuse collaboration lors des répétitions.
Finalement, un chaleureux merci à notre designer graphique Artiom Kusci, dont la créativité a façonné lʼidentité visuelle de ce concert et en a magnifiquement reflété lʼesprit.
DONATEURS
Con Tutta la forza ($1000+)
Denis L'esperance
Marcato ($250+)
Douglas Stephenson
Robert Wells
Laurence Wilson
Dolce ($100+)
François Bertrand
Alexandra Di Paolo
Jonathan Dorey
Gabrielle Gilbert
Peter Kom
Joyce Sanchez
Rene Sanchez
Gwenda Wells
Amabile ($20+)
Kathryn Donaldson
Maria Tacu
Jean-Pierre Tessier
